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 Dans la tête d’un ado tunisien

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MessageSujet: Dans la tête d’un ado tunisien   Sam 8 Sep - 11:52

Ils se disent libérés, épanouis, modernes. Mais une étude du ministère de la Santé publique révèle qu’une minorité d’entre eux sont psychologiquement perturbés. Et que, face à ce mal-être, la famille, la tradition et la religion restent leurs plus sûrs repères.

Sfax, 29 avril. Au petit matin, l’élève Amine Frikha est retrouvé mort sur le toit du lycée technique 9-Avril-1938. Alors que les agents de la protection civile évacuent le corps inerte du jeune homme, ses camarades laissent exploser leur détresse : cris, pleurs, évanouissements... Selon des sources proches de l’enquête, il s’agirait d’un suicide. Sous le choc, les Sfaxiens s’interrogent : qu’est-ce qui a bien pu pousser un adolescent apparemment sans problème à mettre fin à ses jours, dans l’enceinte même de son lycée ?
S’ajoutant à la recrudescence de la violence chez les jeunes, dont la presse se fait régulièrement l’écho, ce tragique fait divers devrait inciter parents, éducateurs et responsables politiques à prendre connaissance des résultats de l’Enquête nationale sur la santé des adolescents scolarisés réalisée en mai 2000 par le ministère de la Santé publique. Une version condensée a été publiée au début de l’année, à Tunis.

Dirigée par le Dr Alya Mahjoub Zarrouk et coordonnée par le Dr Aïda Chérif Ismaïl avec le soutien technique et financier du bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette enquête a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 4 172 élèves âgés de 12 ans à 20 ans. 789 adultes évoluant dans l’entourage des adolescents (parents, enseignants, personnels de santé scolaire et animateurs de maisons de jeunes) ont également été interrogés.

L’objectif est évidemment de mieux comprendre les comportements des 2 millions d’ados tunisiens - 20 % de la population -, leurs préoccupations et les risques inhérents à leurs nouveaux modes de vie : qu’est-ce qui se passe dans leurs têtes et dans leurs corps ?

Au-delà de leur aridité statistique, ces résultats éclairent d’un jour parfois surprenant certains aspects d’une société arabo-musulmane qui est, en apparence, l’une des plus ouvertes sur la modernité occidentale, mais qui, sous le vernis, laisse transparaître un malaise latent : identitaire, sociétal, mais aussi, forcément, politique.

Un premier indicateur retient l’attention : sur une échelle de 0 à 4, les ados tunisiens se considèrent comme plutôt modernes (3,9), ouverts (3,91) et conciliants (3,62). Cela n’empêche pas la majorité d’entre eux de manifester un fort sentiment d’appartenance à la famille (2,62), à la religion (1,31) et à la « population tunisienne », notion vague qu’on pourrait traduire par nation (1,13). « Avec l’âge, les ados se sentent de plus en plus appartenir à la famille et de moins en moins à la population tunisienne », précisent les enquêteurs. Ce repli frileux sur la famille et la religion traduirait-il une faiblesse du sentiment national ? Un troisième indicateur conforte cette interprétation. Interrogés sur les facteurs ayant une influence déterminante sur la formation de leur personnalité, les ados citent la famille (1,8 ), la religion (1,4), les traditions (0,9). L’histoire du pays (ou le sentiment national) n’obtient qu’un faible score de 0,6.

Un professeur de psychiatrie interrogé par nos soins voit dans ces résultats le symptôme d’une « tendance paradoxalement régressive ». « En général, explique-t-il, les ados tentent de s’extraire du carcan familial pour se projeter vers des horizons plus vastes, comme la nation, la culture, l’histoire, le monde… Si les nôtres préfèrent se replier sur la famille, la tradition et la religion, cela peut s’expliquer par une déception vis-à-vis de la communauté nationale et internationale. »

Patron de Sigma Conseil, un bureau d’études qui, en 2004, a réalisé une enquête sur les valeurs des jeunes Tunisiens, Hassen Zargouni se montre plus indulgent : « En une génération, nous sommes passés d’une famille patriarcale étendue et éclatée à une famille nucléaire recentrée sur le couple. La diminution du nombre d’enfants par couple et l’élévation du niveau de vie des ménages ont resserré les liens au sein de la famille et donné naissance à un phénomène nouveau : l’enfant-roi. L’ado est totalement pris en charge : argent de poche, vacances, cours particuliers... Cela se traduit par une dépendance accrue vis-à-vis de ses parents, qui deviennent ses modèles sociaux et ses maîtres à penser. »

Selon le psychologue Noureddine Kridis, enseignant à l’université de Tunis-I, la plupart des études consacrées à la crise de l’adolescence chez les jeunes Tunisiens (la première remonte à 1961) font apparaître chez ceux-ci « l’absence d’une position globalement antithétique et de conflits d’opinion larges et cristallisés ». À preuve : 60 % d’entre eux ont tendance à reproduire le modèle parental. Cette tendance est confortée par les médias, qui exaltent volontiers les valeurs d’autorité et de soumission caractéristiques des rapports jeunes-adultes dans toute société traditionnelle. Les ados n’ont donc que rarement l’occasion d’expérimenter leur autonomie et leur liberté.

Un autre indicateur trahit ce conservatisme latent : l’écrasante majorité (93,8 %) des adolescents tunisiens estime qu’il est important, voire très important (63 %), de suivre les principes de la religion musulmane. De même, ils placent la religion en tête des facteurs favorisant la liberté individuelle, à l’inverse, dans l’ordre, des traditions, de la classe sociale et de « la rue ». Cette vision traditionaliste est largement partagée par les adultes.

Par ailleurs, 72,5 % des ados considèrent que leurs parents se montrent attentifs à leur égard, mais 16 % regrettent de n’avoir aucun membre de leur famille avec qui discuter. De même, 92,1 % des enseignants déclarent que les élèves leur signalent souvent que leurs parents ne consacrent pas suffisamment de temps à discuter avec eux. Quand elles ont lieu, ces discussions portent souvent sur des sujets convenus, comme les résultats scolaires, l’avenir professionnel, les soucis matériels ou les problèmes affectifs, très rarement sur la politique ou la sexualité.

Sur ce dernier chapitre (la sexualité), les ados tunisiens manifestent des comportements proches des standards occidentaux, mais l’enquête montre que les pratiques sociales évoluent beaucoup plus rapidement que les mentalités. Il en est ainsi, par exemple, de l’homosexualité. Jadis frappée d’interdit, celle-ci semble aujourd’hui relativement mieux acceptée. Certes, la majorité des ados continue de la considérer comme « une maladie » ou « une perversité », mais une minorité y voit « un choix », « une expérience », voire « une liberté ». Elle serait plus fréquente chez les garçons que chez les filles.

L’âge du premier rapport sexuel serait en moyenne de 17,4 ans chez les garçons et 16,4 ans chez les filles - ce dernier chiffre paraissant a priori surprenant -, et il ne cesse de baisser. Les ados sont convaincus à 75,8 % que tous ceux de leur âge ont déjà eu des rapports sexuels, souvent (près de 60 %) avec des partenaires différents et dans la moitié des cas seulement en recourant à des moyens contraceptifs et/ou des préservatifs.

La contamination par le virus du sida étant l’événement que les ados déclarent craindre le plus (après les accidents de la route), ce manque de prévoyance ne peut s’expliquer que par une méconnaissance des risques encourus, conséquence d’un manque d’information. Le sida est cité au troisième rang des sujets que les élèves souhaitent pouvoir aborder plus fréquemment à l’école. Cette demande d’information concernant la drogue, le sida, le stress, les autres maladies sexuellement transmissibles, la sexualité, la grossesse, l’alcool, la violence, la contraception, le tabac (cités dans cet ordre) est la preuve que ces sujets demeurent tabous au sein de la famille, à l’école et dans la société dans son ensemble.

D’où ce qu’on pourrait appeler le « paradoxe tunisien » : ce pays arabo-musulman se réclame d’une modernité fortement affirmée dans les textes juridiques et les mœurs sociales, tout en demeurant ultraconformiste dans de nombreux domaines. Ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Dès 1976, Abdelwaheb Bouhdiba, l’un des pionniers de la sociologie locale, la décrivait en ces termes : « La société tunisienne est un cocktail. On y trouve des gens “à la page”, voire en avance de plusieurs pages, alors que des plages entières de [cette] société continuent de se conformer strictement aux images, aux idées et aux stéréotypes de la tradition. »

« Ce dédoublement, ou cette duplicité, qui se manifeste jusque dans le comportement des ados est souvent vécu comme une nécessité, commente le psychiatre déjà cité (et qui, curieusement, souhaite conserver l’anonymat). En l’absence d’une idéologie de remplacement ou d’un projet d’avenir digne de ce nom, l’ado trouve refuge derrière les remparts symboliques de son identité : la famille, la tradition et la religion. »

Noureddine Kridis constate de son côté chez les adolescents tunisiens « une grande soif de vie, de découverte et de connaissance », mais aussi un grave déficit de communication avec les adultes. « Nous leur parlons très peu parce que nous ne savons pas quoi leur dire, estime-?t-il. Peut-être parce que nous-mêmes sommes ballottés entre modernité et tradition. Alors, au lieu de les accompagner dans leur recherche identitaire et leur désir de construire quelque chose de nouveau, nous leur transmettons notre schizophrénie, nos normes sociales, nos valeurs refuges et notre obsession du tout-sécuritaire. »

Confrontés à cette insuffisance de communication, les ados cèdent souvent au mimétisme, au bricolage, à la navigation à vue ou au double jeu. Mais ils ne perdent pas le nord pour autant. Réalistes et pragmatiques, ils font tout pour réussir - et leur mérite n’en est d’ailleurs que plus grand. En soi, leur grand écart permanent entre ce qu’ils croient devoir penser et ce qu’ils désirent faire n’est pas forcément inquiétant. Ce qui l’est davantage, c’est la fréquence chez une partie d’entre eux des conduites à risque et des troubles psychologiques.

L’enquête du ministère révèle en effet que la moitié des ados ont l’habitude de sécher les cours. Que 25 % d’entre eux ont été victimes de violence à l’école, alors que 17 % avouent avoir commis des actes violents contre leurs camarades. Que 36,9 % éprouvent « une souffrance psychologique et un mal-être assez intense ». Que 1 ado sur 5 a consommé au moins une fois une boisson alcoolisée (33,5 % chez les garçons, 7,5 % chez les filles), et que, beaucoup plus grave, 34 % souhaitent émigrer à l’étranger à la fin de leurs études.

« L’adolescence est certes un âge difficile. C’est une période de deuil, souvent marquée par des épisodes dépressifs. Mais lorsque 6,40 % des ados affirment penser “toujours” au suicide, il faut s’en inquiéter et essayer de comprendre les raisons de cette immense déprime », conclut notre psychiatre.

Ridha KEFI - Jeune Afrique

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MessageSujet: Re: Dans la tête d’un ado tunisien   Sam 17 Nov - 20:06

Cet article est vraiment un bon miroir de la réalité.
Il y a un facteur qui n'était pas signalé par contre!
Le manque de discussion entre parents et adolescents est dû principalement selon l'article soit au manque de temps soit au fait que les parents ne savent pas comment aborder les choses ou encore parce que eux-mêmes sont perturbés.
Mais il semblerait qu'ils ont oublié ces pères FANTOMES qui interdisent la discussion. Ces pères qui pensent être un général d'une armée de la deuxième guerre mondiale.
Ah! je vois! je pense qu'ils n'existent qu'à Kairouan et cette étude était faite sur la Tunisie en général.
J'aimerais dire que l'idée du père de famille si SAID qui fait que l'enfant doit disparaître dès que le père (LE DIEU) arrive à la maison ne peut donner que des enfants déséquilibrés. La nature humaine fait qu'on a besoin d'une mère et d'un père et non pas d'une mère et d'un GHOUL...
Je comprends tout à fait que les adolescents d'aujourd'hui soient perturbés mais c'est dû à toute une société qui se divise (mais ça c'est un autre sujet, on fera de ça un nouveau débat). Idea Idea cyclops cyclops cyclops
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Akram Harguem

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MessageSujet: Re: Dans la tête d’un ado tunisien   Sam 17 Nov - 20:34

vous avez totalement raison
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MessageSujet: Re: Dans la tête d’un ado tunisien   

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